A l’occasion de la diffusion du documentaire « The Last Dance » consacré à Michael Jordan et les Chicago Bulls, nous sommes allés chercher l’analyse de la voix de la NBA en France depuis des dizaines d’années, George Eddy. En amont d’un article sur la désormais traditionnelle comparaison entre MJ et LeBron James qui paraitra dans les prochains jours, George Eddy nous plonge notamment dans ses souvenirs auprès de Michael Jordan avec qui il a pu partager de précieux moments. Il nous parle aussi de la place de LeBron James dans la hiérarchie et de ce qui lui manque pour dépasser le légendaire arrière des Bulls. 

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Quel est votre avis sur The Last Dance ?

J’ai pris un abonnement Netflix rien que pour ça. C’est très bien fait, c’est très professionnel, il y a eu beaucoup de moyens. Il y a beaucoup d’images inédites filmées par une équipe au plus près des vestiaires à l’époque. Si on est vraiment très fan, on n’apprend pas grand-chose, mais on voit des images qu’on n’a pas déjà vues et ça nous raconte l’histoire d’une belle façon.

A l’époque, étions-nous au courant des dessous de la franchise et des tensions entre le management et le terrain ?

A l’époque on ne parlait que de ça. On était près de tout ça parce qu’on a couvert les finales de Jordan en direct des Etats-Unis. Quand on écoutait les commentaires de l’époque, les difficultés entre l’équipe et Jerry Krause (ndlr, ancien General Manager des Chicago Bulls) avaient une renommée mondiale. Le fait que Krause annonce à Phil Jackson (ndlr, ancien coach emblématique des Bulls) en 1998 que c’était sa dernière saison tandis que Michael Jordan ne voulait jouer que pour lui, ça mettait fin à cette dynastie assez stupidement de la part de Jerry Reinsdorf (ndlr, propriétaire des Bulls) et Krause. Ils voulaient montrer que ce sont les organisations qui gagnent des titres, et non pas les joueurs. Tout ça, c’était fort dommage, mais ça a rajouté un côté théâtral à cette « last dance » comme disait Phil Jackson. Ça rajoutait une certaine émotion qui finit par le dernier panier de Jordan à Salt Lake City pour le titre. À la limite, ça offrait une fin hollywoodienne à une dynastie hors du commun.

Pour vous, Michael Jordan est le meilleur joueur de tous les temps ? 

Oui, mais en même temps je citerais Jordan qui dit que le meilleur de tous les temps est Bill Russell. Il a toujours dit ça parce que Russell a gagné onze titres en treize saisons avec un impact défensif et décisif à chaque fois. Il avait pris le pas sur Wilt Chamberlain qui était l’athlète le plus incroyable de l’histoire de la NBA. Il l’avait mangé mentalement. Comme Jordan était une force physique, mentale et technique, il appréciait beaucoup Bill Russell. Mais, il n’y a aucun joueur qui a six finales pour six titres et six distinctions de MVP des finales. C’est totalement unique comme exploit et je pense que ça met Jordan devant les autres. Le fait qu’il ait dû attendre sept ans pour son premier titre aussi. En anglais, on dit « pay your dues » (ndlr, « faire ses preuves »). Il a payé le prix pour apprendre, pour perdre et pour revenir plus fort. Après sept ans, il a tout compris de ses coéquipiers et du collectif. Il est devenu une machine imbattable. 

George Eddy

George Eddy & Michael Jordan

Est-ce que le fait qu’il soit considéré comme le plus grand est aussi dû à son aura hors du terrain ?

L’internationalisation du basket est en grande partie grâce à lui. En anglais on dit « the perfect storm », c’est-à-dire l’orage parfait. Tout était réuni dans les années 90. Pour moi, la plus grande décennie du basket en général c’est les années 90 parce qu’il y a les six titres de Jordan, il y a la Dream Team et il y a l’arrivée des joueurs comme Dirk Nowitzki, Kobe Bryant, Pau Gasol ou Tony Parker, qui ont été inspirés par Jordan, il y a aussi le fait que le basket devienne global grâce à David Stern (ndlr, ancien commissionnaire de la NBA) et Borislav Stankovic (ndlr, ancien secrétaire général de la Fédération Internationale de basket) en ouvrant toutes les possibilités.

Au même moment en France, on a eu le titre européen de Limoges en 1993 et le phénomène des playgrounds dans les banlieues et ailleurs. La construction de centaines de playgrounds qui existent encore aujourd’hui. La décennie 90 est pour moi la plus belle époque et c’est juste avant l’arrivée d’internet et tout ce qui est numérisation. Pour moi, ça a déluré la classe et l’impact des grands sports majeurs. Même le foot.

Aujourd’hui, on voit tous les matchs, tout est disponible à tout moment, à tel point qu’on ne voit presque plus ce qu’est une grosse affiche, un gros événement ou pas. Quand on arrive en playoffs, on retrouve un peu l’ambiance des années 90, chaque match est important, chaque match est sur-analysé, mais en cent fois plus avec les réseaux sociaux parce que tout le monde donne son opinion, les joueurs sont scrutés 24h/24. Tout ça, c’était plus mystérieux dans les années 90. Les joueurs étaient un peu sur une autre planète comme des icônes lointaines qu’on ne pouvait pas toucher. Ce n’était pas du tout pareil. Je me souviens sur Canal +, on traitait la NBA chaque semaine, mais si tu fais un match par semaine, ce match devient un événement tandis que si tu as quinze matchs par jour c’est super pour les fans parce que tu as beaucoup plus de contenu, mais quelque part ça diminue l’impact que peut avoir la diffusion d’un seul match parce qu’on est presque trop gâtés. 

Que faut-il prendre en compte pour tenter une comparaison entre Michael Jordan et LeBron James ?

Il faut tout prendre en compte. Les résultats collectifs, les statistiques individuelles, l’impact du joueur sur son équipe et est-ce qu’il a rendu ses coéquipiers meilleurs ou pas. Je pense d’ailleurs que Jordan, même s’il a été très dur, il a quand même tiré tout le monde vers le haut que ce soit Scottie Pippen, Horace Grant, BJ Armstrong ou John Paxson. Ils ont tous été plus forts grâce à la présence de Jordan même s’il mettait une pression terrible sur lui-même comme sur les autres. Sur le deuxième three peat (ndlr, gagner trois titres consécutifs) de 1996 à 1998, il a fait renaître Dennis Rodman. Il avait beaucoup de respect pour Michael Jordan et s’il se tenait à carreaux c’était pour ne pas lui déplaire. Toni Kukoc a aussi fait une belle carrière et Pippen était de plus en plus fort. Jordan avait besoin d’eux aussi. Tout seul, il n’aurait rien pu faire. Tout est à prendre en compte, peut-être même le comportement hors du terrain. L’aura de Jordan sur le basket mondial, son impact sur l’internationalisation, la Dream Team et tout le marketing des années 90 autour de Jordan, son jeu spectaculaire et son personnage charismatique. Tout ça a grandement fait avancer la popularité de la NBA dans le monde. Tout ça est à prendre en compte, mais si on va à l’essentiel, LeBron n’a gagné que trois titres en neuf finales et pour moi c’est moins fort que six finales, six titres et six fois MVP des finales.

Michael Jordan & LeBron James

De toute manière, cette éternelle polémique autour du GOAT (greatest of all time), je trouve ça ridicule parce que je vois des argumentations continuellement pour défendre les deux côtés. Le bilan final, c’est que les deux joueurs, ainsi que Kobe Bryant, Tim Duncan, Bill Russell etc, ce sont tous des champions inégalables. Chacun a sa place en haut de la montagne. On n’est pas obligé de choisir un joueur qui est meilleur que les autres. Même Jordan disait qu’on ne peut pas comparer les époques.

L’impact de Lebron James aujourd’hui est-il comparable à celui de Jordan à l’époque ?

Oui, LeBron James c’est clairement le Jordan d’aujourd’hui. Mais on pourrait dire ça aussi des cinq dernières saisons de Stephen Curry parce qu’avec trois titres en cinq finales, il commençait à s’approcher d’une carrière « Jordanesque ». Surtout qu’il a été MVP deux fois, il a été meilleur marqueur de la ligue, c’est le meilleur shooteur de tous les temps. Stephen Curry a autant de titres que LeBron James et avec moins de déchets, mais comme Jordan il a dû attendre plusieurs années avant d’arriver au sommet et avoir une équipe assez forte autour de lui. Jordan et LeBron ont un peu le même impact sur le jeu parce qu’ils sont à la fois capables de mettre 30 points, de donner 10 passes. À la limite, Jordan était peut-être meilleur en défense parce qu’il était tous les ans dans le top 5 des meilleurs défenseurs, il a été élu meilleur défenseur de l’année. LeBron peut très bien défendre par séquences, mais il n’a jamais été connu pour être le meilleur défenseur de la NBA, même s’il a réalisé le contre décisif sur Andre Iguodala en finale 2016. C’était un beau geste, mais tout au long de sa carrière Jordan et Pippen étaient dans les cinq meilleurs défenseurs de la NBA. Ça veut dire qu’il était la fois tous les ans meilleur marqueur et aussi dans les meilleurs défenseurs. C’est sur ça que LeBron n’a pas vraiment atteint ce côté complet.  

LeBron James (© Maddie MEYER)

A la fin de sa carrière, Lebron James pourrait-il prétendre à être sur le trône ? Que lui manque-t-il ?

Je ne le vois pas gagner trois titres d’ici-là, même si cette saison pourrait lui offrir un nouveau titre car il a une équipe assez forte avec Anthony Davis. Le truc, c’est que si LeBron continue comme ça sans être sérieusement blessé, il va peut-être aller chercher la place de meilleur marqueur de tous les temps devant Kareem Abdul-Jabbar. S’il devient meilleur marqueur de tous les temps… Parce qu’il y a un facteur dont on n’a pas parlé c’est la longévité et Jordan a fait trois carrières, il a raté trois ou quatre saisons pendant sa carrière où il aurait pu faire encore d’autres exploits et gagner d’autres titres. Rien ne dit que les Bulls n’auraient pas pu gagner s’ils étaient restés ensemble en 98/99 même si ce n’était pas garanti. LeBron est très fort au niveau de la longévité, il a commencé plus tôt que Jordan parce qu’il est arrivé directement après le lycée, il n’a pas été souvent blessé et il cumule des statistiques pratiquement jamais vues auparavant. S’il dépasse Abdul-Jabbar, s’il gagne quatre ou cinq titres dans sa carrière, c’est clair qu’il s’approchera de plus en plus de Jordan.

LeBron James aurait-il pu être aussi dominant dans les années 90 ?

Ah oui sans aucun problème ! LeBron est encore plus physique que Jordan qui a commencé à faire beaucoup de musculation dans la deuxième partie de sa carrière. Il est devenu beaucoup plus costaud même avant le premier three peat parce que pour battre Detroit, il va se mettre à faire de la musculation parce qu’il sait qu’il va prendre des coups, mais il doit se relever et quand même aller chercher la victoire. Jordan est devenu plus physique au début des années 90 pour battre Detroit, mais LeBron a été très physique dès le début de sa carrière.

C’est vrai que c’était un basket différent avec des règles différentes avec beaucoup plus de fautes et d’intimidation. Ce que je n’appréciais pas forcément. Quand on regarde ces matchs-là, on se rappelle que ça se joue entre 80 et 90 points, même en finale on ne dépasse pas souvent les 100 points. C’était un basket beaucoup plus ralenti et beaucoup plus défensif. Parfois violent et même dangereux. Ce n’est pas ça que j’appréciais dans les années 90, mais LeBron James a complètement les atouts pour jouer à cette époque. C’était d’ailleurs aussi un très bon joueur de football américain. Je ne pense pas que les Pistons auraient fait peur à LeBron James. 

Quels souvenirs gardez-vous des rencontres avec Michael Jordan ?

J’en garde des centaines, si ce n’est pas des milliers de souvenirs parce qu’en fait toute la montée en puissance de Jordan correspondait à la montée en puissance de Canal + et de la NBA sur Canal +. On a eu un bol incroyable d’arriver au même moment que David Stern et Michael Jordan. Ensuite, on a surfé sur toute la vague de l’internationalisation du basket jusqu’en 2012 et ça continue encore aujourd’hui avec Canal + Afrique où je commente la NBA chaque semaine.

Jordan représentait tout, c’est-à-dire le début de l’aventure. On était comme lui, on apprenait, on a concrétisé ensuite le savoir-faire et il faut dire que dans les années 90 Canal + c’était une belle machine qui gagnait beaucoup d’argent, qui avait beaucoup d’abonnés et qui donnait l’exemple aux autre chaînes de télévision sur leur couverture sportive.

Pour moi, j’ai vécu une double montée en puissance, celle de Canal + en parallèle de celle de Jordan et l’aboutissement c’était l’émission Nulle Part Ailleurs en 1997 quand Jordan vient uniquement chez nous pendant une heure. On a fait la meilleure audience de l’année, tous les dirigeants sont descendus pour essayer d’avoir un autographe et il a refusé à tout le monde, y compris Pierre Lescure (ndlr, PDG de Canal + à l’époque).

Les trois plus gros souvenirs, c’est aller faire la finale, sur place pour la première fois, en 1991 avec Jordan contre Magic. En 1990, quand Jordan avait peur d’aller au gymnase Géo-André de Tours parce qu’il y avait 10 000 personnes qui voulaient entrer pour 1500 places, je l’ai vécu dans l’entourage proche de Jordan et Nike. J’étais un peu son traducteur et guide donc là j’ai été très proche de lui pendant une semaine. C’est un souvenir inoubliable et ça m’a permis ensuite qu’il m’accueille plutôt en ami qu’en se méfiant du journaliste. C’était très agréable. Ensuite, c’est Nulle Part Ailleurs en 1997. C’était le summum de la montée en puissance.   

Une action de Michael Jordan à se souvenir ?

Je prends le changement de main dans les airs en 1991. Il monte à droite et il met le ballon dans sa main gauche parce qu’en fait je passe toute ma carrière à dire aux jeunes qu’il n’y a pas que des dunks dans le basket NBA. Les dunks c’est génial, mais il n’y a pas que ça. Ce geste-là n’est pas un dunk, mais c’est d’une élégance et d’une beauté uniques. Peut-être que Jordan était le seul à pouvoir faire ça avec les Clyde Drexler et Vince Carter, mais disons que c’est sûr qu’il a inspiré les Vince Carter, LeBron James, Tracy McGrady et tous les athlètes qui ont suivi. De la même façon que Julius Erving a inspiré Jordan. Ce geste-là se passe dans sa première finale, la première qu’on commente en direct de la salle aux Etats-Unis. Je l’ai vu en vrai et je l’ai revue 1000 fois au ralenti. Au moment de sa première retraite on avait fait un documentaire sur Jordan et ses trois premiers titres dans lequel on revoyait ce geste sous tous les angles avec une belle musique. Quelque part c’est vraiment symbolique du jeu spectaculaire et élégant de Jordan à l’époque. 

Avez-vous également pu rencontrer LeBron James ?

Oui, oui. J’ai notamment fait la finale 2007 sur place quand les Spurs ont écrasé les Cavaliers. Ce que les gens ne savent pas c’est que quand on a le droit de pouvoir aller commenter une finale sur place, comme BeIN Sports depuis 2012, on a un accès invraisemblable aux joueurs. Les jours de match, on peut aller les voir avant et après dans les vestiaires, il y a des conférences de presse avec les acteurs les plus importants. Quand il y a des jours off, il y a des entraînements où l’on peut même assister à une vingtaine de minutes de l’entraînement, parler aux joueurs des deux équipes pendant une heure. C’est clair que comme il y avait beaucoup de monde autour de Jordan ce n’était pas facile de parler en tête à tête avec lui, mais on avait sérieusement l’occasion de s’asseoir à côté de Scottie Pippen et de discuter pendant 10 minutes avec lui. Rodman c’était compliqué de parler avec lui parce qu’il était tellement « bizarre ». Je me souviens d’avoir parlé avec Tex Winter (ndlr, ancien assistant coach des Chicago Bulls) pendant une demi-heure durant laquelle il m’a expliqué l’attaque en triangle et comment l’exécuter parfaitement. C’était incroyable.

En 2007, on avait donc ce même accès et on pouvait voir et écouter LeBron James tous les jours. C’est un type presque plus abordable que Jordan parce que Michael Jordan était tellement impressionnant que tout le monde avait peur de lui. LeBron James c’est le sourire, il aime bien discuter, un peu comme Kobe Bryant. Le truc avec LeBron c’est que lors d’une conférence de presse j’avais osé lui dire que son pourcentage aux shoots baissait à chaque fois qu’il faisait des fadeaway en tombant sur sa gauche parce que c’était un peu son shoot préféré à l’époque, mais je pense qu’il avait un pourcentage autour de 35% parce qu’il n’avait pas un bon équilibre sur le shoot. Je lui ai demandé si personne ne lui avait suggéré de monter droit comme un I parce qu’avec sa détente il pouvait shooter au-dessus de n’importe qui et il n’avait surtout pas besoin de shooter à reculons. Il m’a répondu « vous êtes un docteur du shoot ou quoi ?! J’en ai besoin cet été, on va en parler ». Bon, je n’ai jamais eu le job, mais c’était une discussion incroyable (rires). C’est mon plus beau souvenir avec LeBron en tête à tête, mais disons qu’on a eu beaucoup d’accès à lui et c’est un formidable client pour les journalistes.

En plus, c’est un homme de famille exemplaire en dehors du terrain, toujours avec un bon discours politique vis-à-vis des pauvres et des personnes défavorisées, tout ce qu’il a fait pour sa ville d’Akron avec son école c’est fort. Au niveau de son exemplarité, LeBron est peut-être au-dessus de Jordan parce que MJ est plutôt un businessman. Il est devenu plus exemplaire après sa carrière parce qu’il a osé prendre position contre Donald Trump, contre les violences policières. C’est tardif, mais c’est bien tandis que LeBron a toujours été impliqué à l’image de Bill Russell qui a marché aux côtés de Martin Luther King. LeBron a un repris le flambeau humaniste de Bill Russell et ça fait plaisir à voir. 

 

Quel est votre cinq majeur all time ?

Je donne Magic Johnson, Michael Jordan, LeBron James, Bill Russell et Kareem Abdul-Jabbar. Si on doit prendre des joueurs qui jouent à leur position sur le terrain, on peut mettre Tim Duncan à la place de Bill Russell. Mais en même temps, je changerais peut-être Duncan pour Abdul-Jabbar en mettant Russell en pivot. C’est vrai qu’on laisse de côté Duncan, Kobe, des joueurs qui auraient mérité leur place, mais je pense que quand on combine tout ce qu’on a dit plus tôt, c’est un cinq qui tient bien la route. 

 

Illustration : Aude Alcover

Dylan De Abreu