Limiter MadeInParis à un simple rappeur serait lui manquer de respect. Il est à la fois ingénieur son, photographe, réalisateur, graphiste, en bref un artiste complet. Cette palette artistique lui permet de proposer un rap unique en France, qui n’a pas grand chose à envier à la scène d’Atlanta. Naturellement, il a trouvé sa place dans notre liste des 12 rookies à suivre.

Salut MadeInParis, est-ce-que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Alors je suis MadeInParis, j’ai 25 ans, je suis de Paris. J’ai commencé par faire de la photo, puis de la vidéo, j’étais réalisateur avant. J’ai toujours été un peu curieux et je m’intéressais à la musique, j’ai appris à être ingé son, à gérer un studio. Après je me suis mis à la composition parce que tout le monde cherchait des prods, et quand tu n’es pas connu on ne te prend pas au sérieux, alors je l’ai fait moi-même.

MadeInParis

Depuis combien de temps est-ce-que tu es dans le rap ?

En vrai je fais du son en anglais depuis  2014, et ça fait environ un an que je suis complètement dans le rap français.

Pourquoi as-tu décidé de devenir rappeur ?

J’aimais bien le côté créatif et artistique du rap, c’est quelque chose que j’ai en moi. Vu que j’essaye de faire ce que j’aime dans ma vie, je me suis dit que je devais y aller à fond, c’était logique.  

Pour toi, le rap, c’est quoi ?

C’est mon métier, je ne fais rien à côté, et j’aimerais bien durer au moins dix ans, faire des œuvres qui vont bien vieillir, des projets qui durent, pas qui sont dépassés au bout d’un an. Une musique qui touche une génération quoi. 

Quelles ont été tes influences ?

Mes influences internationales c’est Billie Eilish, Kid Cudi, Travis Scott et Drake. En France c’est vraiment les artiste avec qui j’ai bossé vu que j’étais ingénieur son, Oboy et Josman je dirais, même si j’ai pas bossé avec Josman en fait mais j’aime bien ce qu’il fait ! Je suis plus tourné vers les sonorités, c’est pas juste parce que la prod est bonne et que le clip est rempli de meufs que je vais aimer, ce que je me dis c’est « est-ce-que c’est beau ce qu’il fait ? »

Comment est-ce-que tu définirais ton style de rap ?

Honnêtement, je suis quelqu’un qui ne freestyle pas, je ne le fais pas, je préfère aller en studio et prendre mon temps. Je dirais que mon style c’est un mood qui laisse transparaitre une ambiance, le but c’est que le son te plaise grâce à l’ambiance qu’il développe.

À quel moment est-ce-que tu as senti que quelque chose se passait autour de toi et de ta musique ?

Au moment où j’ai sorti mon son « P2 », produit par mon pote Finvy (ainsi que Meijin et GG3 – ndlr). De base je n’étais pas trop sûr, au final on l’a sorti et les réactions des gens étaient géniales. J’avais sorti un projet en anglais (« Dopamine effect » – ndlr) qui avait fait 20 000 streams en six mois, et ce son en question il a fait 20 000 en quatre semaines !

Tu as la particularité de tout faire toi-même, de la composition à la réalisation de tes clips, en passant bien sûr par le rap. Pourquoi avoir choisi ce mode de fonctionnement ?

Je fais tout de A à Z, j’ai une certaine vision de ce que j’ai envie de faire et j’ai mon propre style. Je compte l’améliorer, mais de un on n’est jamais mieux servi que par soi-même et de deux je kiffe toujours. Quand je monte un clip ou que je mixe un son, je kiffe, je prends un vrai plaisir à faire ça. 

Tu n’as pas, parfois, envie de déléguer certaines tâches à d’autres ?

J’aimerais bien, mais je suis compliqué dans mes demandes. J’ai rencontré des gens avec qui j’aimerais bien taffer mais en indé sortir les billets c’est toujours chaud. Je voudrais former ma propre équipe, comme Drake avec OVO, je bosse avec les miens en général je ne me mélange pas trop.

Tu as déjà sorti plusieurs projets, qui t’ont permis de t’affirmer en tant qu’artiste. Comment est-ce-que le public reçoit ta musique ?

La dernière sortie elle avait bien marché, elle était entrée en playlist, de base j’étais à 1 000 auditeurs, là je suis à plus de 20 000 mais je ne m’intéresse pas aux chiffres. Le seul truc c’est qu’on me compare à Hamza, ça me fait plaisir parce qu’il est très fort mais Hamza il est belge, moi je suis français, il y a personne qui fait ce que je fais en France. Je fais ce que j’aime et les chiffres parlent. Avant que tout ça pète mon projet d’avant j’étais à 20 000 streams comme je te disais, là je suis bientôt à 100 000 sur le dernier projet. Je sais même pas comment réagir face à tout ça, c’est allé très vite.

J’aurais voulu parler de ton dernier projet, « Vide », qui est sorti le 31 janvier. Raconte-moi le processus créatif derrière cet album…

Ce projet j’étais pressé de le sortir, parce que les gens s’intéressent à ce que je fais. Tous mes proches me disaient de prendre mon temps, mais je voulais prendre exemple sur les ricains, surtout sur DaBaby. Quand il a sorti son premier son et que ça a marché il n’a pas lâché l’affaire pour avoir un projet concret rapidement. Les gens m’ont découvert et se sont redus compte que j’étais là depuis longtemps, ça rassure le public. « Vide » c’est un projet que j’ai mis en ligne pour montrer ce que je fais. Je compte évoluer pour les projets à venir.

Et quels ont été les retours du public sur « Vide » ?

J’arrive pas vraiment à cerner qui est mon public, mais les retours me disent ce que je recherche, que ça crée une ambiance et que ça touche les personnes. Le projet marche, et en faisant tout ça dans ma chambre ! Quand j’étais ingé son et que je voyais les budgets, moi je fais ça depuis chez moi et ça marche, c’est super. 

Tu as aussi sorti un projet en anglais, « Dopamine effect », en 2019, pourquoi avoir fait ce choix ?

De base je suis néerlandais, je viens des Antilles néerlandaises. J’ai appris le français en arrivant ici. Ma culture c’était les États-Unis, on m’a tellement dit que l’anglais ne marchait pas en France… Vu que je suis têtu il m’a fallu quatre ans pour le comprendre, et aujourd’hui les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Et justement, tu as maintenant décidé de revenir à 100% au français ou est-ce-que l’on pourrait à l’avenir te retrouver sur un projet anglophone ?

Là je suis lancé à 100% en français, tu ne vas entendre que du français. C’est dur de rapper en français. Ceux que j’écoute souvent comme Niro ou Josman, ils m’impressionnent, je me demande comment ils arrivent à caler leurs phrases, c’est dur. Mais maintenant demain si ça pète vraiment et que je rentre en contact avec les américains je ne vais pas m’empêcher de rapper en anglais. L’anglais je le mets de côté, comme si tu changeais de sport ou de métier, tu sais toujours faire ce que tu faisais à la base. 

À l’exception de Trill Deus sur le morceau « More Not Less », on ne retrouve aucun featuring sur tes projets. Pourquoi ça ?

Trill Deus c’est un ami, parce que mon pote Some-1ne, qui a fait Djadja d’Aya Nakamura d’ailleurs, était au Canada et il m’a fait rencontrer Trill Deus. C’est devenu un ami, quand il est venu en France personne ne faisait de la musique en anglais, moi je faisais de la musique en anglais alors on a connecté sur ce morceau. Maintenant, comme je te disais, je ne suis pas quelqu’un qui aime se mélanger, j’ai pas envie d’arriver avec un gros feat et que les gens me reconnaissent pour ça. Je veux qu’on me reconnaisse pour ce que je fais moi, je n’ai pas envie d’aller trop vite. 

Tu as sorti dernièrement le single « YSL », et tu as été repéré par Booska-P à cette occasion. Est-ce-que ça sonne pour toi comme le début des choses sérieuses ?

J’étais choqué, je sais très bien, je connais l’influence de Booska-P, mais est-ce-que ça montre que les choses sont sérieuses ? Je ne sais pas. Je ne me mets pas dans une optique où c’est bon c’est fait, je me dis juste que je continue, je montre du respect mais je ne me dis pas que c’est un aboutissement.

Je voudrais aussi qu’on parle du titre « Montagnes ». D’où t’est venue l’inspiration pour ce morceau si particulier ?

La vérité, à un moment je fumais en écoutant Led Zeppelin et Billie Eilish et je me suis dit « mais comment c’est possible de faire de la musique comme ça ? » Je pensais que ce serait ça le single qui changerait ma vie, mais rien du tout ! Je n’ai pas peur de tester des nouveaux trucs. Après c’était mon premier essai, on verra par la suite, j’ai l’impression que je suis sur la bonne voie, que je suis proche de réussir à faire des choses qui s’approchent de ce que j’aime écouter chez d’autres artistes.

Si tu devais faire découvrir ta musique avec un seul son, ce serait lequel ? Et pourquoi ?

Je dirais « Sommeil », dans tout ce que j’ai fait je n’ai jamais été aussi à l’aise dans un son, en français en plus. Ce style-là c’est ce qu’on appelle le drip, c’est ce qu’il se passe à Atlanta et pour l’instant personne ne le fait en France. Si je devais proposer un son à un nouvel auditeur, ce serait celui-là, pour qu’il capte mon mood, bresom mais légèrement conscient, j’essaye de parler à tout le mon monde. Forcément un jour ou l’autre les gens vont kiffer mon univers. Par exemple je détestais Young Thug, il a suffi d’un son que j’aime et aujourd’hui je connais sa discographie par cœur tu vois.

Imaginons, tu as un projet 15 titres qui arrive et tu as le droit à 3 featurings, tu choisis qui ?

Alors déjà PartyNextDoor, Burna Boy et en vrai The Weeknd parce que c’est lui qui m’a inspiré à faire de la musique. Quand j’ai écouté les projets de The Weeknd et de PartyNextDoor sur Soundcloud en 2012 ça m’a choqué, je me suis dit « mais c’est quoi ce truc ? »

Comment est-ce-que tu vois l’évolution de ta carrière ?

En vrai je t’avoue que le Covid a un peu tout changé, mais j’ai un clip qui va sortir et un projet, j’espère que les gens vont arrêter de dire que je suis un enfant d’Hamza. J’espère qu’ils vont dire que j’amène une vibe américaine mais pas forcée. J’aimerais bien devenir un genre, genre écouter « du MadeInParis » comme on peut dire qu’on écoute du Booba. Quand j’arriverai à ce stade là je me dirais que c’est réussi, que c’est du sérieux.

On peut s’attendre à quoi pour la suite de ta carrière ?

Un projet sept titres, plus sérieux, plus travaillé, avec de meilleures sonorités et de meilleurs mixes. Il y a aussi le clip du morceau « Cœur brisé » qui est sorti le 12 juin, je suis assez sûr de moi, en le regardant les gens vont se dire « ah ouais, ah ouais quand même ». Ensuite le projet s’appellera « Quel beau jour pour mourir » et ça sortira bientôt !

 

Dorian Lacour